l'histoire des Philippines


L'archipel philippin (300'000 km 2 ) compte plus de 7'000 îles. Sur ce total, 880 sont occupées mais une dizaine seulement ont une réelle importance.


La période espagnole (1565-1898)
Découvert par Magellan en 1521, l'archipel s'est individualisé surtout en fonction de ses héritages coloniaux, espagnol d'abord, américain par la suite. Après plus d'une décennie de croissance très faible (1,2 % par an de 1980 à 1991), il n'est toujours pas sorti de la crise. Le programme de libéralisation économique engagé depuis 1986 vise à accroître les investissements extérieurs; son succès reste étroitement conditionné par le rétablissement de la situation politique du pays.  

Le débarquement à Cebu de Miguel López de Legazpi, en 1565, marqua le début de la conquête d'un archipel qui, à la différence des autres pays du Sud-Est asiatique, n'avait pas connu au préalable de véritable civilisation. Il en résulta une forte pénétration des influences de l'Occident. 


Organisation politique
Dès le début de la conquête, le roi d'Espagne nomma à la tête du pays un gouverneur général assisté d'un conseil, la Real Audiencia. Le gouvernement ainsi créé était placé sous le contrôle du vice-roi du Mexique, ce qui fit de l'archipel, pendant près de trois siècles, la colonie d'une autre colonie.

Les Philippines furent initialement partagées en encomiendas, grands fiefs qui allèrent aux fidèles de la Couronne et à l'Eglise, avec le droit pour ceux-ci de collecter l'impôt. Après l'abolition du régime féodal, vers le milieu du XVII e  siècle, le pays fut divisé, selon l'état de pacification de la région, en provinces civiles (alcaldías mayores) ou militaires (corregimientos).

A un niveau hiérarchique inférieur furent créées des municipalités et des communes, que les Espagnols attribuèrent en majorité aux chefs indigènes. Disposant d'une parcelle de l'autorité souveraine, ceux-ci s'attachèrent à copier l'aristocratie espagnole, en accaparant du même coup les vastes domaines fonciers qui sont à l'origine des haciendas modernes. Pour les souverains espagnols, cette conquête visait surtout à évangéliser la population. Quatre ordres y concoururent: les augustiniens, les franciscains, les dominicains et les augustiniens récollets. En une cinquantaine d'années, la plus grande partie de l'archipel fut christianisée de façon pacifique. Seuls ont résisté les territoires musulmans du Sud.

Le galion de Manille
Déçus de ne pas trouver sur place l'or tant recherché, les Espagnols reportèrent leurs activités sur le commerce. Ils firent de Manille le centre des échanges entre l'Orient et la côte ouest du Mexique. Le commerce consistait surtout en un échange de porcelaines et de soieries chinoises contre de l'argent mexicain. Florissant au XVI
e  siècle, celui-ci fut vivement combattu par les fabricants de soieries de Cadix et de Séville ( Philippe II dut limiter ce commerce à deux galions annuels). Entré en décadence au XVIIIe siècle, ce monopole commercial fut aboli en 1813.

Le XIX e  siècle fut une période de relative prospérité. A partir de 1934, l'ouverture de nombreux ports aux échanges internationaux permit le développement de nouvelles cultures commerciales: indigo, café, tabac, sucre, chanvre.

La montée du nationalisme: la Katipunan
L'essor économique s'est aussi traduit par la formation d'une bourgeoisie d'affaires locale acquise aux idées libérales et par la naissance, souvent dans ses rangs, d'une intelligentsia vigoureusement opposée au régime colonial.

Deux personnalités marquent cette première période d'éveil nationaliste: Marcelo H. del Pilar, fondateur du premier mouvement réformiste, et surtout l'écrivain José Rizal (1861-1896). Ce dernier devient vite célèbre par ses premiers romans, comme Noli me tangere (1886), où il dénonce l'oppression de l'administration espagnole et en particulier les abus du clergé, principal responsable à ses yeux du retard du pays. Ses écrits sont interdits, et il est exilé puis fusillé.

L'intransigeance espagnole a pour effet de transformer l'élan réformiste en un mouvement révolutionnaire réclamant non plus l'assimilation mais l'indépendance du pays, au besoin en prenant les armes. En 1892, Andrés Bonifacio fonde une société nationaliste secrète, la Katipunan, qui essaime rapidement des groupes en province. La découverte de ce mouvement, en 1896, déclenche une insurrection armée. Après quelques succès initiaux, Emilio Aguinaldo, devenu chef des insurgés à la suite de l'élimination de Bonifacio, est finalement vaincu et contraint de s'exiler avec ses compagnons à Hongkong.  

Avec la crise de Cuba et l'entrée en guerre des Etats-Unis contre l'Espagne (avril 1898), les événements se précipitent. L'amiral Dewey coule la flotte espagnole en rade à Manille et donne l'assaut à la ville (août 1898). Vaincue, l'Espagne cède par le traité de Paris (décembre 1898) les Philippines aux Etats-Unis contre une indemnité de 20 millions de dollars. Revenue aux Philippines dans l'intervalle, la junte de Hongkong s'érige en gouvernement révolutionnaire et entre en conflit ouvert avec l'administration américaine. Après trois années de conflit se résumant surtout à des escarmouches, Emilio Aguinaldo est fait prisonnier en 1901.


La période américaine et l'occupation japonaise
La domination américaine (1898-1946), bien que courte, a constitué une étape décisive dans l'évolution politique, économique et sociale des Philippines.  

L'évolution du pays vers le «self-government»
En prenant le relais des Espagnols, la plupart des responsables américains ne cachent pas leur intention de conduire le pays à l'indépendance après avoir constitué un gouvernement stable. La première Assemblée philippine est réunie en 1907. Le gouverneur Harrison crée un conseil d'Etat, embryon d'un véritable gouvernement. Mais ces mesures sont jugées insuffisantes par la plupart des chefs du parti nationaliste. La crise des années 1930 va servir leur cause en poussant certains milieux agricoles américains, inquiets de la concurrence des produits philippins, et les syndicats, qui redoutent la libre entrée aux Etats-Unis d'une main-d'œuvre bon marché, à soutenir au Congrès les partisans de l'indépendance. Face aux réserves émises par les républicains, le gouvernement démocrate n'y est pas hostile. Roosevelt, pour couper court au conflit politique, signe en 1934 la loi Tydings-McDuffie, prévoyant une période transitoire de dix ans avant que le pays puisse accéder à l'indépendance. Une nouvelle Constitution est promulguée en 1935.  

Les transformations économiques et sociales
Le traité de libre-échange institué en 1909 entre les deux pays avantageait clairement la métropole, productrice et exportatrice d'articles manufacturés. Les Philippins n'en retirèrent pas moins de substantiels bénéfices: intensification des recherches minières, développement des cultures commerciales (canne à sucre), amélioration des infrastructures. Les progrès enregistrés dans le domaine de l'éducation s'appuient sur l'alphabétisation rapide de la population et une large diffusion de l'anglais comme langue nationale. Sur le plan sanitaire, des campagnes massives de vaccination et l'assainissement de nombreuses régions forestières se traduisent par un meilleur contrôle des grandes endémies (choléra, paludisme) et un recul sensible de la mortalité. Les réformes sociales furent, en revanche, plus modestes. Le problème agraire restera entier, malgré l'importante loi agraire de 1902, qui - en limitant à 1 024 ha les concessions pouvant être obtenues sur terres publiques - permit de faire de Mindanao une région de colonisation paysanne. 


L'occupation japonaise (1941-1946)
Pearl Harbor mit brutalement fin au régime du commonwealth. Débarquées dans l'île de Luçon en décembre 1941, les troupes japonaises se rendent en quelques mois maîtresses de l'archipel (août 1942) et proclament peu après la république. Si ces mesures sont assez bien accueillies par certains milieux nationalistes, la brutalité de la police militaire et les importantes réquisitions alimentaires opérées par les occupants ne manquent pas de soulever le mécontentement de la population. La résistance armée s'organise dans les campagnes du centre de Luçon, avec la formation, à l'initiative de dirigeants socialistes et communistes, du mouvement Hukbalahap (résistance armée antijaponaise). Dans le même temps, la bataille du Pacifique scelle le destin de la guerre. Débarquées en octobre 1944 à Leyte, les forces américaines du général MacArthur, après une reconquête éclair de l'archipel, entrent victorieuses à Manille le 23 février 1945.  


La République des Philippines
Après l'indépendance, proclamée le 4 juillet 1946, les premiers gouvernements philippins s'attachent à reconstruire un pays dévasté par quatre années de guerre.  

Le rétablissement de la situation intérieure
Le gouvernement américain y participe en couvrant les premiers besoins financiers de l'administration et en faisant voter, en 1946, une aide de 620 millions de dollars au titre des dommages de guerre. Mais celle-ci était dans un premier temps assortie de lourdes contreparties: la prolongation du régime de libre-échange jusqu'en 1954 et l'obtention pour les ressortissants américains de la parité des droits économiques avec leurs homologues philippins sur tout l'archipel.  

Un second problème, de nature plus politique, tient à l'extension de la rébellion des Huks dans les campagnes centrales de Luçon, zones «gangrenées» par le problème agraire. La plupart des mesures prises, qui font alterner campagnes de pacification et concessions politiques, restent sans grand effet. Il faudra attendre la venue de Ramón Magsaysay comme secrétaire à la Défense nationale (1950) pour que la rébellion soit vaincue au terme de vigoureuses campagnes militaires.  

L'ère Marcos et la «nouvelle société» (1965-1986)
Ferdinand Marcos, porte-parole du parti nationaliste, accède au pouvoir en 1965. Brillant orateur et habile politicien, il remporte quelques succès initiaux en politique extérieure, qui lui valent une certaine popularité: réduction à vingt-cinq ans de la durée du bail concédé aux grandes bases américaines; adhésion en 1967 du pays à l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (Association of South East Asian Nations, ou ASEAN)

Mais le bilan de sa politique intérieure s'inscrit sur une trame plus sombre. En 1972, au terme de son second et en principe dernier mandat, il prend prétexte d'un complot communiste pour décréter la loi martiale et s'arroger du même coup les pleins pouvoirs. Le but claironné du nouveau régime est alors de bâtir une «nouvelle société». Une réforme agraire est lancée, et les grands projets de développement se multiplient. Les résultats suivent mal: dix ans après sa mise en place, la réforme agraire aboutit à l'émancipation de moins de 100'000 tenanciers au lieu de 1 million. Les grands projets de développement, s'ils ne sont pas toujours inutiles, ont contribué à alourdir la dette publique. Le clientélisme est érigé en système de gouvernement: monopoles publics et sociétés d'Etat allant en nombre croissant à la famille et aux proches du couple présidentiel. Les banques d'Etat sont mises à contribution pour soutenir les spéculations de ces sociétés et pour éponger leurs déficits.  

Survenant dans ce contexte, la récession mondiale du début des années 1980 a des conséquences catastrophiques. L'assassinat du sénateur Benigno Aquino, le 23 août 1983 à l'aéroport de Manille, entraîne une crise politique majeure. Les capitaux fuient massivement le pays, et la valeur du peso s'effondre. Sous la pression américaine, des élections sont organisées pour le début de l'année 1986. Cory Aquino, la veuve du sénateur assassiné, prend la tête de l'opposition. Après un scrutin très contesté, Ferdinand Marcos s'attribue une nouvelle fois la victoire. Lâché par l'armée et confronté à la pression quasi révolutionnaire de la rue, il doit s'incliner et fuit précipitamment Manille en février 1986 pour gagner la base de Clark, d'où il s'envole peu après pour Hawaii, son lieu d'exil jusqu'à sa mort en 1989.  

Le nouveau régime
Dès son arrivée au pouvoir, le gouvernement de Cory Aquino engage un important programme de redressement national: vote d'une nouvelle Constitution, réformes structurelles soutenues, vote d'une nouvelle et ambitieuse réforme agraire. La politique de conciliation menée par le gouvernement à l'égard du parti communiste ne manque pourtant pas de lui aliéner les noyaux durs de l'armée, ce qui a pour conséquences de nombreuses tentatives de coups d'Etat et une déstabilisation durable du régime. Après sa victoire à l'élection présidentielle, suivie par par un conflit de près de 9 mois, le général Fidel Ramos accède au pouvoir en mai 1992. Le recul sensible de l'influence du parti communiste et de l'insécurité dans les provinces (rébellion musulmane) ont été les premières étapes de la restauration de l'autorité de l'Etat, malgré l'enracinement de la crise économique. En mai 1998, Joseph Estrada, candidat de l'opposition, succède à Fidel Ramos à la tête de l'Etat.