Magellan et les Philippines

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Magellan : le premier tour du monde

Avec une flotte de cinq navires et 265 hommes, Magellan part le 10 août 1519 de Séville . Le navigateur portugais se dirige vers les Canaries , où il fait une brève escale, avant d'entreprendre la traversée de l'Atlantique. Outre les Espagnols, il y avait parmi eux des Portugais, des Italiens, des Grecs, des Flamands et même des Français. Une expédition européenne en somme ! La flotte touche le continent américain à la fin décembre près de l'actuelle Recife , au Brésil , et entreprend de longer la côte vers le sud, entrant dans toutes les baies pouvant évoquer l'ouverture d'un passage. Il découvre le détroit qui porte son nom, donnant sur l'océan Pacifique. Il nomme Terre de Feu les territoires de la côte, en raison des nombreux feux allumés par les populations locales. De nos jours, il faut partir de Punta Arenas au Chili , pour traverser le détroit de Magellan et atteindre la Terre de Feu , sur les traces de l'illustre navigateur : le vent et la mer règnent en maître sur un dédale de fjords et d'îles creusés par d'anciens glaciers et battus par les furies d'un océan guère pacifique. Ici meurt la cordillère des Andes d'un ultime et tumultueux plongeon dans les eaux glacées venues du Pôle Sud. Magellan découvre l'île de Cébu aux Philippines , en 1521, où il meurt sous les flèches des indigènes le 27 avril. En face de l'hôtel de ville de Cebu, on peut admirer aujourd'hui la célèbre croix de Magellan, plantée par le navigateur le 4 avril 1521, pour marquer l'endroit où les premiers Philippins chrétiens furent baptisés. La croix est protégée par la Basilique de Santo Nino , datant de 1737. Le 6 septembre 1522, les dix huit derniers survivants européens et trois indiens arrivent dans le port de San Lucar, en Andalousie, au nord-ouest de Cadix. Cette expédition a accompli le premier tour du monde, permis de confirmer la rotondité de la Terre, la possibilité de joindre l'Orient par l'ouest et le fait que l'Amérique soit bien un continent à part. Mais la longue traversée du Pacifique n'est marquée par aucune découverte significative. Il faudra pour cela attendre les explorations de James Cook au XVIIIème siècle.

 


 

Magellan aux Philippines

 

 

 

Les navires reprirent la mer et, le 27 mars, parvinrent devant un archipel encore inconnu, que Magellan baptisa «de Saint-Lazare», du nom du martyr que l'on fêtait ce jour-là, et qui fut plus tard appelé Philippines.
Le dimanche suivant, jour de Pâques, il fit dire la première messe sur le sol philippin. Enrique, son esclave malais, qui comprenait Les îliens et se faisait comprendre d'eux «leur dit que le roi de son maître était encore plus puissant en navires et par terre que le Roi du Portugal [dont ils avaient entendu conter la conquête de Calicut et Malacca], et leur déclara qu'il était Roi d'Espagne et Empereur de toute la chrétienté» (Pigafetta 148). Un pilote local les conduisit jusqu'à Cebu, dont le roi [rajah] Humabón écouta le prêche de Magellan: «le Capitaine leur parla de beaucoup de bonnes choses, pour les inciter à être chrétiens. Il leur dit comment Dieu avait fait le ciel, la terre et la mer, et toutes les autres choses du monde... Puis il leur expliqua plusieurs autres choses concernant notre foi... Chacun de nous pleura de la joie que nous eûmes du bon vouloir de ces gens.» (Pigafetta 151-152)
Le dimanche 14 avril, «nous baptisâmes huit cents personnes» (Pigafetta 157), Humabón recevant le prénom du roi d'Espagne, Charles, et la reine celui de sa mère, Juana. Magellan lui remit alors une petite statue de bois représentant l'Enfant Jésus, que lui avait donnée l'archevêque de Séville avant son départ, et qu'elle mit ensuite à la place des idoles: elle est aujourd'hui l'objet d'un vrai culte, dans l'église de Saint-Augustin de Cebú, appelée «Basílica del Santo Niño», non loin d'une sorte de chapelle octogonale où se dresse la «Croix de Magellan”.
On note même un miracle: un malade, «qui ne pouvait parler ni se remuer», se fit baptiser et recouvra la santé: «soudain il parla et dit comment par la grâce de notre Dieu, il allait assez bien... Ce malade, se voyant en convalescence, fit brûler une idole que quelques vieilles tenaient cachée en sa maison.» (Pigafetta 159-160)
Grâce à Humabón, qui «jura d'être toujours fidèle et soumis» à Charles Quint, Magellan obtint l'adhésion de tous les roitelets voisins, à l'exception de Lapulapu, chef de l'île de Mactan. Il décida alors de l'affronter et se rendit sur cette île avec 60 de ses hommes et des cébuans montés sur 20 pirogues. La rencontre eut lieu le 27 avril au matin et tourna vite à la déroute pour les Espagnols, qui laissèrent sur le rivage treize morts dont Magellan lui-même. Lapulapu refusa de rendre son corps, «répondant qu'il ne le donnerait pour la plus grande richesse du monde» (Pigafetta 166).
Le commandement échut alors à Duarte Barbosa, un Portugais parent de Magellan. Mais il semble que l'esclave Enrique le Malais considéra que celui-ci le traitait de façon humiliante. Il décida de se venger avec la complicité de Humabón qui, le 1er mai, organisa un festin au cours duquel le nouveau commandant et presque tous les invités espagnols furent tués. Voyant cela, et dans l'impossibilité de porter secours à leurs compagnons, les trois navires levèrent l'ancre.